La magistrate Prévost-Desprez jugée par ses pairs à Bordeaux

Ce nouveau procès Bettencourt ouvre le troisième volet d’un dossier judiciaire hors normes, dépaysé depuis novembre 2010 dans la métropole girondine pour avoir mis en ébullition le Parquet et le Tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre (Hauts-de-Seine) durant plusieurs mois.

Pendant les deux jours d’audience, la présidente de la 15e chambre du Tribunal correctionnel de Nanterre est défendue par deux avocats parisiens, Mes Lef Forster et François Saint-Pierre, qui plaideront son innocence, pour un délit passible d’un an de prison et 15.000 euros d’amende.

La partie civile n’est autre que l’héritière du groupe de cosmétiques L’Oréal, Liliane Bettencourt, aujourd’hui âgée de 92 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer et placée sous tutelle. La femme la plus riche de France est «dans un autre monde», confiait en février son tuteur Olivier Pelat. Ce proche de la famille Bettencourt représente la milliardaire aux côtés de deux ténors du barreau bordelais, Benoît Ducos-Ader et Arnaud Dupin.

Comme lors des deux précédents procès Bettencourt, le tribunal est présidé par Denis Roucou et le ministère public représenté par Gérard Aldigé.

Dans l’affaire Bettencourt, Isabelle Prévost-Desprez s’est forgée une réputation de magistrate tenace, inflexible et indépendante, dont elle ne s’est jamais départie, au risque de se brûler les ailes.

En 2010, l’avocat d’alors de Liliane Bettencourt, Me George Kiejman -- qui ne souhaite plus s’exprimer sur cette affaire -- porte plainte pour «violation du secret professionnel» contre cette magistrate énergique et déterminée, spécialisée dans les affaires politico-financières et bien connue de la sphère médiatique.
Elle est soupçonnée d’avoir fait fuiter les détails d’une perquisition au domicile de la milliardaire, le 1er septembre 2010, relatée le jour-même dans Le Monde par le journaliste Jacques Follorou, avec qui Isabelle Prévost-Desprez avait co-signé quelques mois plus tôt un livre autobiographique, «Une juge à abattre».

Pour sa défense, et sans jamais nier ses relations amicales avec Jacques Follorou, Isabelle Prévost-Desprez a reconnu lui avoir adressé deux SMS le 1er septembre 2010. Le premier envoyé à 09h13, quelques minutes après le début de la perquisition, visait, selon elle, à confirmer un déjeuner avec leur éditeur. Dans le second, envoyé à 10h48, 12 minutes seulement après la mise en ligne de l’article du Monde, elle démentait avoir été présente lors de la perquisition chez Lilianne Bettencourt.

Mais l’enquête n’a pas permis de retrouver le contenu de ces messages.

La magistrate, qui devait juger «pour abus de faiblesse» le principal prévenu de l’affaire Bettencourt, François-Marie Banier, confident de l’héritière de L’Oréal, avait ordonné elle-même cette perquisition en vue d’un complément d’information.

Mais, à l’époque, Isabelle Prévost-Desprez, est aussi en guerre ouverte avec le Procureur de Nanterre, Philippe Courroye, son ancien collègue du pôle financier du TGI de Paris, à qui elle reproche, parfois publiquement, de protéger les intérêts du président Nicolas Sarkozy, dont la presse le dit proche.
L’ancien chef de l’Etat, lui-même mis en examen dans cette affaire pour «abus de faiblesse» au détriment de Liliane Bettencourt le 21 mars 2013, a finalement bénéficié d’un non-lieu le 7 octobre de la même année.

A ceux qui reprochent une attitude militante à la magistrate, son avocat, François Saint-Pierre répond: «Elle a agi dans le cadre de ses fonctions, sur la base de critères purement judiciaires». Me Saint-Pierre concède toutefois «une certaine anxiété» chez cette mère de trois enfants, «comme chez toute personne dans sa situation». Celle d’une magistrate logée désormais à la même enseigne que François Marie Banier, le prévenu qu’elle était censée juger à Nanterre.

C’est finalement à Bordeaux que François-Marie Banier a été reconnu coupable «d’abus de faiblesse» au détriment de Liliane Bettencourt et condamné à trois ans de prison, dont six mois avec sursis.
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