Trafic de cocaïne: quatre Français jugés à Saint-Domingue

«En ce qui concerne (les pilotes) Jean Fauret et Bruno Odos, que nous représentons, il n’y aucune raison pour que le procès soit à nouveau renvoyé», a déclaré vendredi à l’AFP l’avocate dominicaine Maria Elena Gratereaux.

M. Fauret, son co-pilote Bruno Odos, leur passager Nicolas Pisapia et une quatrième personne, le «broker» Alain Castany, un apporteur d’affaires dans le jargon, ont été interpellés sur le tarmac de la station balnéaire dominicaine de Punta Cana le 19 mars 2013, alors qu’ils s’apprêtaient à décoller pour la France.

A bord du Falcon 50, propriété du lunetier français Alain Afflelou mais affrété par une société de location, SN-THS, basée à Bron près de Lyon, se trouvaient 680 kg de cocaïne répartis dans 26 valises, selon les autorités dominicaines.

Dans la foulée, une quarantaine d’agents des douanes, de la police anti-drogue et des services migratoires de l’île étaient aussi interpellés.

Lundi, ils ne seront toutefois que 14 dans le box des accusés : les quatre Français qui risquent, selon un avocat, jusqu’à 25 ans de prison, un civil et neuf militaires. Le procès devrait débuter lundi à 09h00 locales (13h00 GMT) et durer jusqu’à vendredi. La première audience sera consacrée à la présentation des charges et des preuves par le procureur Milciades Guzman.

Une première audience le 1er décembre avait abouti à un report du procès, à la demande des défenseurs de certains accusés dans cette affaire surnommée en France «Air cocaïne».
«On peut supposer que côté dominicain, certains ne sont pas pressés que le procès se tienne et qu’on cherchera peut-être à manoeuvrer pour obtenir un nouveau renvoi», a déclaré Pascal Fauret, joint par l’AFP. «Je ne le supporterai pas. Je ne veux pas passer ma vie ici», complète ce père de famille qui aura 55 ans mardi, également pilote chevronné et ancien de la marine nationale qui a bifurqué vers le transport civil puis l’aviation d’affaires.

- D’autres vols suspects -

Des membres du Syndicat des pilotes français sont attendus à la barre des témoins pour soutenir leurs collègues.

Les deux pilotes, aujourd’hui assignés à résidence en République dominicaine après 15 mois de détention, ont toujours nié avec eu connaissance de la nature de la cargaison chargée à bord de leur appareil. «On a été arrêté dans un gros coup de chalut qui devait emporter tout un réseau», souligne de son côté pour l’AFP Bruno Odos.

A mots couverts, les pilotes et leurs proches dénoncent une mise en scène destinée à redorer le blason d’une partie de l’appareil sécuritaire local : «Nous n’avons jamais été auditionnés par les Dominicains. Seulement 10 minutes par la DEA (agence anti-drogue, ndlr) américaine. L’histoire s’est écrite sans nous».

Sur le rôle des autres Français, MM. Fauret et Odos affirment qu’ils ne connaissaient pas M. Pisapia, «un client courtois, silencieux, ponctuel», avant une série de vols entamée avec lui en 2012. Quant à M. Castany, il était une personne connue à l’aéroport du Bourget mais leurs relations se limitaient jusqu’alors à «bonjour, bonsoir».
L’enjeu crucial pour les pilotes sera d’éclaircir aux yeux du tribunal la nature du vol du Falcon. Privé ou commercial ? Dans le premier cas, ils sont responsables des bagages. Dans le second, non.

En France, l’enquête a démarré après l’interception de l’avion en République dominicaine. Mais les gendarmes avaient été mis, dès janvier 2013, sur la piste de «comportements suspects» de passagers d’un Falcon 50 ayant atterri un mois plus tôt à Saint-Tropez.

Le 9 décembre 2012, un douanier en poste à Toulon, soupçonné aujourd’hui de complicité, était allé accueillir l’avion, avec à son bord Pascal Fauret, Bruno Odos et Nicolas Pisapia. Il avait fait rentrer sur le tarmac deux véhicules qui avaient emporté 10 valises déchargées de l’appareil.

Selon l’enquête, deux autres déchargements identiques avaient eu lieu en 2012 et un autre était prévu le 18 mars 2013.
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